Peut-être est-ce votre enfant de 4 ou 5 ans qui a découvert son corps et semble y revenir très souvent. Peut-être est-ce votre enfant de 7 ans qui garde les mains dans ses pantalons lorsqu’il regarde la télévision ou lorsqu’il attend. Ou encore votre adolescent autiste qui se frotte sur sa chaise à l’école, malgré les nombreux rappels des adultes.
Vous lui avez peut-être déjà dit : « Enlève tes mains de là. » « Ça, c’est privé. » « Pas à l’école. » Et pourtant, le comportement revient.
Alors les questions s’accumulent, et avec raison :
Est-ce normal ? Est-ce sensoriel ? Est-ce de la masturbation ? Est-ce que je devrais m’inquiéter ? Pourquoi continue-t-il s’il sait qu’il ne doit pas le faire en public ?
Et parfois une autre inquiétude, beaucoup plus difficile, apparaît :
Est-ce que cela pourrait vouloir dire que quelque chose lui est arrivé ?
Avant toute chose, il faut savoir qu’un enfant peut toucher ou stimuler sa région génitale pour de nombreuses raisons. Le comportement, à lui seul, ne nous dit pas pourquoi il le fait.
Et surtout, le fait qu’un enfant s’autostimule ne signifie pas nécessairement qu’il y a un « problème » à faire disparaître.

Les enfants découvrent leur corps. Ils touchent leurs pieds, leur nombril, leur visage… et aussi leurs organes génitaux. Ils découvrent également que certaines sensations sont agréables et peuvent chercher à les reproduire.
Avec le développement, les comportements liés au corps, au plaisir, à la pudeur et à l’intimité évoluent. Ce qui est attendu à 3 ans n’est évidemment pas interprété de la même manière à 8 ans ou à 14 ans. Il faut donc regarder l’âge, le niveau de développement, le contexte et la façon dont le comportement se présente, au-delà du geste. Par exemple, un adolescent qui se masturbe dans l’intimité de sa chambre, sans se blesser et sans que cela nuise à son quotidien, ne présente pas nécessairement un problème.
À l’inverse, un enfant qui passe une grande partie de ses périodes de classe avec les mains dans ses pantalons mérite qu’on cherche à comprendre ce qui se joue.
Pas nécessairement parce que l’autostimulation elle-même est « mauvaise ».
Mais parce qu’elle peut nous donner une information importante sur ce que l’enfant vit dans ce contexte.
Imaginez votre enfant assis en classe. Il vient de terminer son travail et ne sait pas vraiment ce qu’il doit faire ensuite. Il doit attendre. Son niveau d’attention baisse, il commence à bouger sur sa chaise, puis sa main glisse dans son pantalon.
L’adulte voit la main dans le pantalon. Mais le véritable problème a peut-être commencé plusieurs minutes auparavant : votre enfant ne savait plus quoi faire, il s’ennuyait ou avait besoin de davantage de stimulation pour demeurer éveillé et engagé.
Dans une autre situation, il pourrait plutôt être anxieux, surchargé ou fatigué et chercher à diminuer son niveau d’activation. Dans les deux cas, l’autostimulation peut devenir un moyen très accessible de modifier ce qu’il ressent.
C’est un peu comme lorsqu’un adulte joue avec sa bague pendant une réunion, bouge continuellement son pied, se ronge les ongles ou manipule son téléphone lorsqu’il attend.
La différence, évidemment, est que la région génitale est une partie intime du corps et que son utilisation dans un lieu public entraîne des enjeux sociaux beaucoup plus importants.
Mais le raisonnement reste important :
Avant de retirer un moyen à l’enfant, il faut essayer de comprendre à quoi ce moyen lui sert.

C’est une phrase que j’entends souvent.
Et parfois, oui, l’enfant connaît parfaitement la règle.
Si vous lui montrez une image d’une chambre et une image d’une classe et que vous lui demandez où il peut toucher ses parties intimes, il répond immédiatement :
« Dans ma chambre. »
Mais connaître une règle et être capable de l’utiliser au bon moment sont deux choses différentes.
Pour appliquer cette règle lorsqu’un besoin apparaît, l’enfant doit pouvoir :
C’est beaucoup. Encore plus lorsque l’enfant est fatigué, stressé, très excité ou possède un profil neurodéveloppemental qui rend certaines de ces étapes plus difficiles.
Ainsi, un enfant peut très bien connaître la règle « c’est privé », mais ne pas encore avoir les capacités nécessaires pour l’appliquer spontanément dans toutes les situations.
On entend souvent que certains comportements sont « sensoriels ». Le mot est parfois utilisé un peu rapidement. Oui, l’autostimulation génitale produit une sensation, mais cela ne veut pas nécessairement dire que l’enfant recherche simplement « de la stimulation sensorielle ». La sensation peut plutôt lui servir à modifier son état.
Prenons deux enfants.
Même comportement. Besoins complètement différents.
C’est pourquoi demander simplement « Quel objet sensoriel pourrait remplacer cela ? » risque parfois de nous faire passer à côté de la question la plus importante :
« Qu’est-ce que mon enfant essaie de réguler ? »

Un enfant peut aussi toucher sa région génitale parce qu’il ressent quelque chose d’inhabituel : une démangeaison, une irritation, une pression, une douleur, une sensation liée à sa vessie ou à ses intestins, ou encore le frottement d’un vêtement.
Il peut aussi ressentir quelque chose qu’il ne comprend pas encore suffisamment bien pour pouvoir l’expliquer. Chez un jeune enfant ou chez un enfant qui communique peu verbalement, le comportement peut alors devenir une des seules façons de nous montrer : « Il se passe quelque chose ici. »
C’est pourquoi une apparition soudaine du comportement, une augmentation importante de sa fréquence ou la présence de différence dans le lieu ou la manière dont le comportement se présente mérite une attention particulière.
Dans ce type de situation, une consultation médicale peut être indiquée avant de chercher une explication sensorielle ou comportementale.
C’est probablement l’une des inquiétudes les plus difficiles pour un parent.
Un comportement d’autostimulation génitale, pris isolément, ne permet pas de conclure qu’un enfant a subi un abus.
À l’inverse, l’absence de comportements sexualisés (des comportements qui imitent la sexualité d'un adulte à un âge où ils ne sont pas attendus dans le développement) ne permet pas non plus d’écarter à elle seule cette possibilité.
Ce sont l’ensemble de la situation, les changements observés, le développement de l’enfant, les autres comportements et les informations disponibles qui doivent être considérés.
Si quelque chose dans le comportement de votre enfant, ses propos ou la situation vous fait craindre pour sa sécurité, il est important de ne pas tenter de mener vous-même une « enquête » en lui posant de nombreuses questions suggestives.
Cherchez plutôt rapidement l’aide d’un professionnel compétent (travailleur social, psychoéducateur, sexologue) ou des ressources de protection appropriées à votre situation.
Imaginez maintenant un enfant de 5 ans qui met sa main dans son pantalon devant ses parents.
Un parent réagit immédiatement : « NON ! Sors tes mains de là ! » L’autre pense : « Il explore son corps, je ne veux surtout pas lui faire honte »… et ne dit rien.
Ces deux réactions partent souvent d’une bonne intention. Mais l’enfant a besoin de quelque chose entre les deux : il a besoin d’apprendre que son corps lui appartient, que les sensations qu’il ressent ne sont pas mauvaises et que certains gestes sont privés.
On peut donc poser une limite sans transmettre de honte. Le message n’est pas « Ce que tu fais est mauvais » ou « Ce que tu fais est interdit », mais plutôt :
« Tu as le droit de faire ce que tu fais, mais pas ici. Ce geste est privé. Ici, on est dans un lieu public. »
Pour certains enfants, une phrase suffira. Pour d’autres, il faudra enseigner très concrètement ce qu’est un lieu privé, quelles parties du corps sont privées, quels gestes appartiennent à l’intimité et ce qu’ils peuvent faire lorsqu’un besoin survient dans un lieu public.
Pour plusieurs enfants autistes ou présentant une déficience intellectuelle, les règles sociales qui nous paraissent évidentes sont en réalité très abstraites.
« C’est privé » paraît simple.
Puis, il faut ensuite comprendre que la règle ne concerne pas seulement un lieu, mais aussi certaines parties du corps et certains gestes qui sont intimes. Puis il faut réussir à généraliser tous ces apprentissages dans la vraie vie.
Ces notions nécessitent parfois beaucoup plus d’enseignement explicite qu’on pourrait le croire.

Vous avez peut-être remarqué que votre enfant se touche davantage avec certaines personnes, dans certains endroits ou à certains moments de la journée. Cela ne signifie pas nécessairement qu’une personne « cause » le comportement : les contextes changent.
Les réactions des adultes peuvent elles-mêmes modifier ce qui se passe. Si chaque fois que l’enfant met sa main dans son pantalon un adulte l’interpelle, lui parle longuement et interrompt l’activité, toute la situation autour du comportement change. À l’inverse, si personne ne l’aide à reconnaître ce qui lui arrive ou à utiliser une autre solution, il peut continuer à employer le seul moyen qu’il connaît.
La réponse est plus nuancée qu’un oui ou un non. Si le comportement est sécuritaire, se produit dans un contexte privé et n’interfère pas avec le fonctionnement de l’enfant, il n’y a pas nécessairement quelque chose à « traiter ».
Lorsque le comportement apparaît dans un lieu public, interfère avec la participation, expose l’enfant à des réactions sociales difficiles ou semble répondre à un besoin qu’il ne sait pas encore gérer autrement, il peut être pertinent de l’accompagner.
Mais l’objectif n’est pas simplement : « Comment l’empêcher de faire ça ici ? »
L’objectif est plutôt :
« Comprenons ce dont il a besoin et aidons-le à trouver une réponse qui lui convient, tout en étant adaptée au contexte dans lequel il se trouve. »

Il n’y a pas un seul professionnel à consulter dans toutes les situations. Le bon point de départ dépend surtout de ce qui semble accompagner ou expliquer le comportement.
Si le comportement est nouveau, apparaît soudainement ou s’accompagne de démangeaisons, rougeurs, douleur, écoulements, changements urinaires ou digestifs, il est généralement pertinent de commencer par un médecin ou une infirmière praticienne afin d’écarter une cause physique.
Si votre principale question concerne le développement psychosexuel, la masturbation, l’intimité, les connaissances sexuelles de votre enfant, les règles sociales ou l’éducation à la sexualité, un ou une sexologue peut être la personne la mieux placée pour vous accompagner.
Si le comportement semble surtout apparaître lorsque l’enfant est fatigué, anxieux, en attente, peu engagé, surstimulé ou en difficulté pour s’autoréguler, ou s’il interfère avec sa participation à l’école, au service de garde ou dans les activités quotidiennes, une consultation avec un ergothérapeute peut être appropriée. L’ergothérapeute cherchera notamment à comprendre les contextes dans lesquels le comportement apparaît, les besoins auxquels il pourrait répondre et les capacités dont l’enfant dispose pour utiliser d’autres moyens dans les lieux publics.
Selon la situation, d’autres professionnels peuvent aussi être impliqués, par exemple un psychoéducateur, un psychologue ou un travailleur social, particulièrement lorsque des difficultés comportementales, émotionnelles, relationnelles ou familiales plus larges sont présentes.
Enfin, si certains propos, comportements ou changements vous font craindre qu’un enfant puisse avoir été exposé à une situation sexuelle inappropriée, victime de gestes abusifs ou que sa sécurité soit compromise, il ne s’agit plus simplement de choisir une thérapie. Il faut alors demander rapidement conseil auprès des ressources de protection de l’enfance ou d’un professionnel habilité à vous guider dans cette démarche, sans chercher vous-même à faire raconter les événements à l’enfant.
Et parfois, aucune consultation n’est nécessaire. Un comportement occasionnel, développementalement attendu, qui se produit dans un contexte privé, ne cause aucune blessure et n’interfère pas avec la vie quotidienne de l’enfant peut simplement nécessiter des repères éducatifs adaptés à son âge.
Si l’ergothérapie semble être une avenue pertinente pour votre enfant, voici concrètement ce que l’ergothérapeute cherchera à comprendre.
L’ergothérapeute commencera par un bilan pour comprendre la fonction du comportement en évaluant la situation dans son ensemble.
L’ergothérapeute pourra recueillir les observations de la famille et du milieu de garde ou scolaire, observer l’enfant et réaliser certaines activités avec lui.
Puis, différentes hypothèses pourront être envisagées.
Souvent, plusieurs de ces éléments seront combinés.
L'objectif de l'ergothérapeute est de comprendre ce que son comportement nous communique et de soutenir sa participation, son autonomie, sa dignité et son apprentissage des règles sociales.
...sollicités pour accompagner l'enfant qui s'engage dans des comportements d'autostimulation génitale dans des lieux publics.
Comment évaluer ? « Comment intervenir ? »
… j’ai créé une formation de 6 heures précisément pour répondre à ces questions.
Titre de la formatiin : Compétences cliniques pratiques auprès de l’enfant présentant des comportements d’autostimulation génitale propose une démarche centrée sur la participation occupationnelle pour t’aider à comprendre les enjeux derrière le comportement avant de chercher à le modifier.
Nous y abordons notamment les repères psychosexuels, l’autorégulation, les limites du rôle de l’ergothérapeute, le recadrage occupationnel inspiré du MCPO, l’évaluation de la fonction, des déclencheurs et des facteurs contributifs, ainsi que les interventions auprès de l’enfant et de son entourage.
Nous y appliquons le processus ergothérapique à deux scénarios fictifs différents, celui d'une enfant d’âge scolaire en contexte de prise en charge en cabinet clinique privé et celui d'un adolescent autiste non verbal présentant une déficience intellectuelle en contexte de consultation scolaire.
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Simplifier, outiller et former celles (et ceux) qui interviennent sur le développement sensorimoteur des enfants c'est ce que je fais quotidiennement sur mes réseaux sociaux, mon podcast, ma chaine Youtube et dans mes livres (L'apprentissage du découpage chez l'enfant, Bouger pour Grandir (0-8 ans), 10 questions sur les hypersensibilités sensorielles, Être ado et autiste et Comment survivre aux devoirs).
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