Pourquoi il a de la difficulté à rester assis?

Il gigote, il se lève, il tombe de sa chaise...

Plusieurs contextes peuvent être derrière une difficulté à rester assis et fort probable que ce n'est pas de la mauvaise volonté / opposition de la part de l'enfant.

Si l'agitation sur la chaise nuit à la participation aux repas et/ou à la réussite scolaire, une évaluation en ergothérapie est conseillée.  L'évaluation du profil individuel de l'enfant pourra permettre de préciser l'origine du défi propre à l'enfant concerné. 

Ceci dit, voici, parmi d'autres, 5 contextes qui peuvent mener à une difficulté à rester assis ainsi que quelques solutions à envisager.

1. Le poste de travail de l’enfant n’est pas ergonomique. L’effort musculaire déployé pour compenser un poste de travail mal ajusté est épuisant. L’enfant est aussi possiblement inconfortable; il se réajuste donc fréquemment. 

Un poste de travail ergonomique ne devrait pas être considéré comme un luxe, particulièrement pour les enfants de moins de 9 ans qui en sont encore à consolider leur développement postural. Il est vrai que plusieurs enfants arrivent à bien fonctionner malgré une chaise ou une table trop haute ou trop basse. Malheureusement, pour certains, les défis qu’un poste de travail mal ajusté entraine sont considérables, notamment en ce qui a trait à l’attention et à la disponibilité aux apprentissages.

Ces enfants sont ceux qui présentent encore des faiblesses de la force ou du contrôle des muscles de leur tronc et pour qui le maintien de la position assise demande encore un grand effort au corps.

Notez ci-dessus que la table est trop haute et la chaise trop basse. Les hanches, genoux et chevilles ne peuvent être à 90 degrés.

Un poste de travail bien ajusté peut aider en minimisant le travail musculaire et l’effort mental nécessaires pour rester assis longtemps. On observera aussi que l’enfant s’agite moins sur sa chaise; les mouvements servent à compenser la fatigue des groupes musculaires épuisés en utilisant d’autres muscles.

En bougeant, les enfants cherchent en quelque sorte à changer le mal de place! 

L’ajustement du poste de travail n’est pas un luxe lorsqu’un enfant a de la difficulté à rester assis. C’est le premier facteur à considérer et à régler pour donner un coup de pouce à un enfant. Dans un deuxième temps, d’autres stratégies, équipements ou exercices pourront être explorés lorsque le problème demeure présent malgré l’ergonomie assurée.

 

2. L’enfant ne bouge pas assez lors de ses loisirs.

Observez ci-dessus un enfant qui opte pour une activité sédentaire plutôt que de profiter des possibilités de la nature pour bouger.

Entre 6 et 9 ans, un enfant devrait bénéficier d’un minimum de 60 minutes d’activités motrices globales d’intensité modérée à élevée par jour*. Et pour un enfant qui a été particulièrement sédentaire au cours de sa petite enfance, il faut penser que ses besoins sont possiblement encore plus importants que ceux de l’enfant qui a bougé suffisamment et bien consolidé ses bases développementales avant 7 ans. Pour aider, on peut prévoir du temps en matinée pour faire des jeux moteurs, idéalement à l’extérieur, avant l’école, après l’école et en soirée en plus de profiter des weekends pour faire diverses activités physiques.

*Agence de santé publique du Canada

 

3. L’enfant a une faible perception de son corps dans l’espace.

Notez ci-dessus que l'enfant est debout et recherche le contact proprioceptif avec la table.

Le cerveau prend conscience de sa position dans l’espace par une intégration de différentes sensations :

  • Tactiles (corps vs chaise/vêtements);
  • proprioceptives (position des muscles et des articulations les uns en fonction des autres);
  • vestibulaires (sensations de la position/mouvements de la tête en fonction de la gravité).

Une hyporéactivité dans ce processus sensoriel peut rendre plus difficile la perception du corps dans l’espace. Ce problème est amplifié lorsque l’enfant est immobile. Donc, bouger augmente l’intensité des messages sensoriels envoyés. Ainsi, l’enfant se sent mieux dans son corps en ressentant mieux sa position dans l’espace. L’enfant qui a des fragilités à ce niveau bénéficiera de faire régulièrement des activités qui stimulent ses muscles, ses articulations et ses ligaments; par exemple des sauts et des étirements. Différents équipements peuvent également donner un coup de pouce (ex. peluche/veste lestée, vêtements proprioceptifs, coussin d'air texturé qui permet au corps de rester en mouvement).  

 

4. L’enfant est anxieux.

L’anxiété est une réaction naturelle au danger. Le processus enclenché par le corps pour réagir au danger est la réaction de lutte, d’immobilisation ou de fuite (fight, fright or flight). La sécrétion d’hormones de stress a différents effets dont :

  • une augmentation du rythme cardiaque;
  • une accélération de la respiration;
  • une augmentation du tonus musculaire.

Ces hormones préparent le corps à un combat ou à une fuite. Il va sans dire que le maintien d’une position assise stable est très difficile dans cet état. Le corps ressent un besoin très intense de libérer les tensions musculaires par le mouvement. Pour votre intérêt, j’ajouterais également que la pression d’un objet dans la paume de la main de l’enfant a un effet calmant pour le système en état de stress pour des raisons très archaïques. Les enfants qui cherchent à avoir un objet dans les mains sont parfois des enfants qui ont trouvé ce moyen pour diminuer l’effet de l’anxiété.

Pour aider l’enfant anxieux à mieux gérer la position assise, les pauses fréquentes (ex. aller à la salle de bain), la manipulation d'un objet et l’opportunité de faire de l’exercice en dehors de la classe peuvent être une solution aidante. Bien sûr, l'identification des sources d'anxiété et la résolution de celles-ci (si possible) est bénéfique.

 

5. Le corps de l'enfant n’est pas prêt pour le travail assis.

Notez ci-dessus les indices de rétention de réflexes primitifs (assis sur les pieds et pieds croisés)

Pour clarifier ce point, prenons quelques instants pour explorer les préalables à la station assise. Rester assis demande plus que de la force, de l’endurance et du tonus musculaire1 dans le tronc. Rester assis sur une chaise implique aussi que certains réflexes de mouvements primitifs2 ne soient plus actifs. Par exemple, un de ces réflexes relie les mouvements du cou à ceux du bassin. Imaginez un instant que chaque fois que l’enfant lève ou baisse la tête pour regarder l’enseignante ou sa feuille, son fessier glisse vers l’avant ou vers l’arrière selon le mouvement de son cou. Pas facile de rester assis sagement dans ce contexte!

De plus, il est fréquent que l’enfant qui a des immaturités reliées à l’intégration de ses réflexes primitifs ait aussi des difficultés à bouger ses yeux sans bouger sa tête. Or, pour bouger ses yeux, il doit bouger sa tête et bouger sa tête déclenche des mouvements involontaires de son bassin. Pour cet enfant, « la bougeotte » n’est pas un choix, mais une réaction automatique de son corps qu’il ne peut contrôler ou qui lui demande énormément d’énergie pour réussir à la contrôler. L’ergothérapeute ou un autre professionnel ayant des compétences dans ce domaine3 pourrait évaluer cet aspect et recommander des exercices de remédiation.

1 Le tonus est la fermeté (la stabilité) automatique des muscles lorsque ceux-ci ne sont pas volontairement utilisés.

2 Mouvements stéréotypés présents durant la première année de vie qui guident le développement sensorimoteur de l’enfant. Ces réflexes deviennent inactifs lorsque l’enfant développe un contrôle volontaire efficace de son corps qui lui permet de dissocier et de coordonner les différents segments de son corps.

3 Thérapie neurodéveloppementale. 

En somme, déterminer ce qui fait bouger un enfant et trouver la bonne solution n’est pas aussi simple que de regarder dans un livre de recettes. Vous pouvez procéder par essais et erreurs et tenter différentes choses mais si l'amélioration est peu présente, une évaluation en ergothérapie pourrait aider.

Dans l'éventualité de manifestations pouvant faire songer à de l'hyperactivité dans un contexte de tdah; l'ergothérapeute en reconnaitra les signes et dirigera l'enfant vers le psychologue/neuropsychologue.

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P.S. C'est la première fois que tu me lis ou m'entends? Je suis une ergothérapeute canadienne avec 20 + d'expérience en pédiatrie et en enseignement de la perspective et des stratégies de l'ergothérapie à l'échelle internationale.

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